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J'ai l'impression d'être devenue trop grande pour mon propre corps, de muter en une sorte de chimère noire et goudronneuse.
Regarde comme ils souffrent.
Regarde.
Il n'émane plus de nous que cette bile noire et contagieuse. As-tu encore oublié de prendre tes pilules?
J'ai pourtant le souvenir que nous n'étions que lumière à l'époque. Regarde, regarde ce qu'ils ont fait de nous. Regarde comme nos traits se brouillent dans le miroir. Regarde comme nous nous confondons dans notre chagrin, regarde. Nous qui avions pris la douce habitude de rayonner d'un éclat coruscant, comment avons nous pu dégringoler aussi violemment?
Regarde comme ils souffrent, les Homme de ta Vie.
Plus que tout à présent, les prendre dans tes bras nus, leur murmurer des comptines d'une autre langue, faire glisser dans tes paroles un élixir qui pourrait arrêter l'hémorragie. Toi qui te sens si crasseuse, vidée de toute envie, aime-les. Dans un ultime effort pour accepter le poison qui te ronge, aime-les. Dans ton dernier souffle, dans ton dernier vice, donne leur ce qu'Il t'a refusé, donne leur ton être dans sa totalité.
Leur donner ce qu'il te reste. Ce qu'Il ne t'a pas encore pris. Ou brulé.
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